Les nouveaux défis de l'enseignement supérieur en Afrique

African Higher Education has entered a new era. In absence of adequate financing and support measures, the expansion of the student population over the last decades has led to a deterioration of facilities and pedagogic resources in the public sector. Higher education policies also failed to reform academic programmes and curricula, according to evolving local economic needs, making it harder for graduates to enter the job market. This situation has enabled the development of the private sector, especially in the Vocational Education and Training sector, posing new challenges and requiring a redefinition of unions’ strategies and actions.

La massification des effectifs

L’ère nouvelle qui s’ouvre pour l’enseignement supérieur en Afrique, est fondamentalement différente de la première décennie de la période post coloniale au milieu des années 1970 ; où l’évolution du sous secteur était caractérisée par la stabilité. Au cours des trois dernières décennies, le contexte spécifique de l'enseignement supérieur est devenu complexe et a été marqué par une expansion rapide des effectifs dans les institutions publiques et privées de l'enseignement supérieur. La forte croissance de cette population estudiantine, n’a cependant pas été accompagnée par un développement conséquent des infrastructures pour les accueillir et de l’encadrement nécessaire pour les former. En effet, dans les pays africains, les principaux problèmes auxquels se heurte l’enseignement supérieur sont entre autres, la détérioration de la qualité des infrastructures, l’insuffisance de l'équipement et du matériel didactique, l'état de délabrement avancé des bibliothèques universitaires ainsi que la fuite des cerveaux. Ces facteurs ont eu un impact négatif sur la qualité de l'enseignement et de l'apprentissage dans la plupart des établissements d'enseignement supérieur.

L’adéquation de l’offre de formation aux réalités socioéconomiques

Malgré les nombreuses tentatives de réforme du système, la crise de l’enseignement supérieur ne cesse de s’approfondir. Aux fortes contraintes internes auxquelles le système est confronté s’ajoute l’inadéquation à la fois quantitative et qualitative entre les formations dispensées et les besoins de l’économie. Plusieurs travaux montrent que les diplômés de l’enseignement supérieur éprouvent non seulement de plus en plus de difficultés à trouver un emploi mais qu’ils sont désormais en concurrence avec les diplômés de niveaux d’enseignement inférieurs sur le marché du travail. La faible efficacité externe du système d’enseignement supérieur, s’explique en partie par le fait que la priorité des politiques n’a pas porté sur la formation technique, professionnelle et qualifiante.

Le privé

Au cours des dernières décennies, à peu près partout en Afrique on assiste à la hausse de l’enseignement privé. Dans les prochaines années, l’enseignement supérieur privé sera un pilier incontournable de l’enseignement supérieur. Les raisons de ce développement tiennent aux contraintes des gouvernements de faire face à l’accroissement massif de la demande d’enseignement supérieur par un effort public supplémentaire. Mais il a aussi constitué une réponse des acteurs sociaux à la rigidité de l’offre de formation du public et à son insuffisante adaptation aux demandes du marché du travail. L’enseignement supérieur privé s’est ainsi développé sur des champs techniques et professionnels que les universités publiques avaient parfois délaissés.

Si l’expansion de l’enseignement supérieur privé ne fait aucun doute, il n’en demeure pas moins que le premier problème auquel on est confronté et que l’on se doit de résoudre, est celui de la lisibilité : en d’autres termes, savoir ce que recouvre l’enseignement supérieur privé en Afrique. Quelles sont les formes et typologies de l’enseignement privé en Afrique : statut, origine, taille, mode de recrutement, positionnement, et relation avec l’état ? En second lieu, dans les pays francophones, des agences de régulation ont été mises en place récemment. La question est d’abord de savoir quel est champ de compétence de ces agences et ensuite quels sont les principes et modalités de la régulation ainsi que le degré d’appropriation par les acteurs des mécanismes de la régulation. Enfin, il serait important de savoir quel bilan on peut tirer de l’action des dites agences depuis leur installation.

La 10e Conférence sur l'enseignement post-secondaire, supérieur et la recherche organisée à Accra la semaine prochaine constituera donc une opportunité pour échanger sur les expériences en œuvre dans les différents pays relativement à l’enseignement supérieur privé : quels sont les mécanismes de régulation ? Y’a t’il concurrence entre le privé et le public ? Quelles sont conditions de recrutement ? Et enfin comment les enseignants du privé sont-ils organisés ? Il s’agira aussi d’aborder l’action syndicale dans le public en lien avec le développement de l’enseignement supérieur privé.


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Mamadou Dansokho

Mamadou Dansokho is professor of economics at the University Cheikh Anta Diop (Dakar, Sénégal). He is the Head of the Rural Department of the Consortium for Economic and Social Research (CRES). He is also the former General Secretary of SUDES-University.

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