Une éducation de classe mondiale par celui qui devrait savoir, par John Bangs

Une lecture de « World Class » d’Andreas Schleicher, Directeur de la Direction de l’éducation et des compétences à l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).

Je connais Andreas Schleicher depuis le début du premier Programme international pour le suivi des acquis des élèves (PISA). Il présentait les plans de sa Direction, alors dirigée par un Australien affable, Barry McGaw, lors de la première réunion du groupe de travail chargé de l’éducation de la Commission consultative syndicale auprès de l’OCDE à laquelle j’ai assisté. Accompagné d’Arthur Jarman, je représentais le National Union of Teachers (NUT), aux côtés d’Eamonn O’Kane et de Mick Carney de la National Association of Schoolmasters Union of Women Teachers (NASUWT).

Nous étions impressionnés par ses propositions pour le programme PISA parce que les évaluations étaient axées sur l’utilisation et l’application des connaissances et la mise en place de systèmes éducatifs équitables et étaient diamétralement opposées au lobby britannique contre une éducation globale. En fait, elles nous ont fait une telle impression que le NUT et la NASUWT ont été les premiers syndicats de l’éducation à organiser une conférence nationale sur PISA.

Autre souvenir: une conférence internationale de l’OCDE organisée par le ministère fédéral allemand de l’Education à Berlin sur le choc provoqué par la première étude PISA, qui avait mis en évidence d’immenses insuffisances scolaires chez les élèves de 15 ans en Allemagne. Je me souviens d’Andreas et moi-même proposant que PISA inclue un questionnaire pour les enseignant(e)s, une suggestion à laquelle les Etats-Unis s’étaient opposés à l’époque, mais qui, ironiquement, a donné naissance au Teaching and Learning International Survey (TALIS), la seule enquête mondiale sur les enseignant(e)s.

Dix-huit ans plus tard, le nombre de pays participant à PISA est passé de 32 à 100 et le nombre de participants à TALIS a virtuellement doublé, faisant de ces deux études les analyses internationales des systèmes scolaires par excellence. Elles représentent la croissance exponentielle de la puissance et de l’influence des recherches de l’OCDE sur l’éducation. Il semble dès lors logique qu’Andreas Schleicher, devenu le Directeur de l’éducation et des compétences de l’OCDE, cherche à consolider ce que lui ont appris les énormes quantités de données accumulées par l’OCDE sur les facteurs de réussite des systèmes éducatifs.

Alors World Class est-il semblable aux énormes volumes de PISA et TALIS, gonflés de multiples graphiques et tableaux? La réponse est non. Il s’agit d’une approche beaucoup plus personnelle des conclusions de PISA et de TALIS. Elle contient quelques détails autobiographiques intéressants. On apprend qu’Andreas Schleicher a débuté comme professeur de physique et chercheur universitaire. Les thèmes qui sont à moitié immergés dans PISA et TALIS apparaissent avec clarté. L’auteur dresse un constat cinglant de la manière dont les algorithmes des réseaux sociaux trient les gens en individus partageant les mêmes intérêts, qui sont ensuite isolés des points de vue divergents et finissent par vivre dans des sociétés polarisées. Le rôle de l'école est évident. Elle doit aider les étudiant(e)s à développer le sens du bien et du mal et une sensibilité aux demandes venant d’autrui. Andreas Schleicher considère que les gens devront mieux comprendre comment les autres vivent et que, quelles que soient les tâches que les machines effectueront, les êtres humains devront de plus en plus contribuer utilement à la vie sociale et civique.

En fait, l’argument de Schleicher selon lequel l’activité humaine qui distingue l’homme de la machine a des conséquences importantes pour les enseignant(e)s. Il rejette les arguments de ceux qui pensent que l’intelligence artificielle peut remplacer l’action d’un(e) enseignant(e) et soutient plutôt les pays qui ont des plans clairs pour renforcer la capacité des enseignant(e)s à tirer le meilleur parti de la technologie.

Schleicher est sans nul doute un défenseur des idéaux démocratiques libéraux, d’un progrès social inclusif et du pluralisme. Sa réponse aux menaces de l'extrémisme et du populisme nationaliste aux écoles consiste à les appeler à être des lieux de débat constructif pour préparer les étudiant(e)s à faire objectivement preuve de sens critique face aux faits inexacts et aux fausses informations. Il est passionné par les systèmes éducatifs qui tendent à soutenir les étudiant(e)s issu(e)s de milieux défavorisés. Par-dessus tout, il croit au pouvoir de l’éducation pour résoudre les problèmes sociaux des sociétés et aux Objectifs de développement durable des NU pour mesurer les progrès éducatifs. Ses propositions pour que les écoles développent des compétences globales en sont une conséquence logique. Il énonce une vision optimiste et fait de son livre un ouvrage captivant.

Pourtant, aussi attrayante que soit la grande vision de Schleicher, elle peut parfois mener à des généralisations irritantes, même si elles reposent sur les meilleures intentions. La taille des classes en est un exemple classique. Il avance que « puisque des classes plus petites ne conduisent pas à de meilleurs résultats », les économies réalisées en ayant des classes plus grandes devraient entraîner une amélioration des salaires du personnel enseignant. Vous pouvez imaginer les grincements de dents des enseignant(e)s face à ce choix difficile! En fait, ce point de vue méconnaît des données factuelles telles que l’analyse des données PISA que fait Linda Darling Hammond, qui a conclu qu’il existe une corrélation entre des grandes classes et la pénurie d’enseignant(e)s. Une conclusion valable aurait été que la charge de travail excessif des grandes classes fait fuir les enseignant(e)s et qu’un faible ratio étudiant(e)-enseignant(e) compte!

Une autre généralisation est la question du financement scolaire, notamment le dilemme du « dépenser plus ou dépenser avec sagesse ». En fait, il ne faut pas opposer « dépenser plus » et « dépenser avec sagesse ». Les données de mon pays, l’Angleterre, démontrent en tout cas que les réductions des dépenses font mal et que même le gestionnaire le plus doué ne peut pas gagner suffisamment en efficacité pour les masquer.

Il suffit de voir ce qu’il est advenu des Sure Start Centres pour le savoir.

Il y a inévitablement d’autres points que d’aucun(e)s jugeront problématiques. L’approche des tableaux de classement utilisés par PISA reste controversée. Encourager des aspects du choix de l’école, notamment les Académies et les coupons, quoique seulement en tant que complément pour les étudiant(e)s défavorisé(e)s, revient à entrer sur un terrain miné.

Cela dit, les enseignant(e)s sont au cœur de World Class. C’est la principale force de ce livre. Schleicher affirme clairement que les enseignant(e)s doivent être considéré(e)s comme des professionnels indépendants et responsables et devraient participer à la réforme de l'éducation. Un passage intitulé « Impliquer les syndicats d’enseignants dans la solution » est éloquent. A la différence de nombreux responsables politiques, Schleicher ne croit pas que les syndicats d’enseignants doivent être tenus à distance. La preuve en est, observe-t-il, que de nombreux pays affichant les meilleures performances scolaires ont également des syndicats d’enseignants forts et que plus les pays ont du succès sur le plan éducatif, plus il est probable qu’ils entretiennent une collaboration constructive avec leurs syndicats.

Le livre décrit en détail les sommets internationaux de la profession enseignante, la seule enceinte mondiale qui réunit des dirigeant(e)s de syndicats de l’éducation et des ministres pour convenir de politiques pratiques concernant le personnel enseignant. Tout comme mon organisation, l’Internationale de l’Education, Andreas Schleicher a fait en sorte que l’OCDE soit un invité permanent de ces sommets. En résumé, son message est le suivant: les réformes de l’éducation ne seront couronnées de succès que si les enseignant(e)s et leurs syndicats se les approprient.

World Classsoutient avec force que l’éducation est la meilleure chance d’avenir du monde et qu’elle passe par le travail du personnel enseignant. La partie probablement la plus importante de ce livre est le dévouement de son auteur aux « enseignants du monde » qui travaillent dans « des conditions difficiles et sont rarement appréciés comme ils le méritent alors qu’ils aident la prochaine génération à réaliser ses rêves et à forger notre avenir ». Ce sont là les mots du directeur de l’un des centres de recherche sur l’éducation les plus influents du monde. C’est pour cela que ce livre revêt une telle importance.

Note: Ce blog a d’abord été publié dans Education Journal, n° 341 (ISSN: 1364-4505).


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John Bangs

John Bangs est un Consultant principal auprès du Secrétaire général de l'IE

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