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« La condition des enseignant(e)s et de la profession enseignante à travers le monde », par David Edwards

La Journée mondiale des enseignant(e)s constitue le moment idéal pour réfléchir sur la situation des enseignant(e)s à travers le monde. Aujourd’hui, l’Internationale de l’Education publie son rapport triennal qui porte précisément sur ce thème. L’éducation est au centre des progrès en termes de niveau de vie et de qualité de la vie, et pourtant nous sommes aujourd’hui de plus en plus confronté(e)s à des pressions et à des menaces qui ne sont que trop réelles. L’avenir du travail, le capitalisme de plate-forme, les développements technologiques et les inégalités croissantes sont autant d’éléments qui créent des conditions systémiques qui nous forcent à prendre du recul pour examiner attentivement la manière dont nos enseignant(e)s sont considéré(e)s et soutenu(e)s. Si nous voulons affronter l’avenir avec confiance, il est essentiel d’analyser les faits. Plus de 50 % de nos affiliés nous indiquent que leur pays se trouve confronté à une pénurie d’enseignant(e)s. Dans le même temps, les conditions dans lesquelles les enseignant(e)s sont supposé(e)s travailler ne font que se dégrader. C’est particulièrement vrai de nos écoles primaires. Cela a un impact non seulement sur les enseignant(e)s, mais aussi sur les étudiant(e)s que les enseignant(e)s préparent à un monde en évolution rapide.

On parle beaucoup de la quatrième révolution industrielle et de la nécessité d’une main-d’œuvre bien formée, capable de s’adapter, et qui poursuit son apprentissage tout au long de la vie. L’accent est mis toujours davantage sur la pensée critique et les capacités de résolution des problèmes chez nos étudiant(e)s. Et pourtant, l’on n’attache que peu d’importance aussi bien aux conditions de travail des enseignant(e)s qu’au soutien professionnel qui leur est offert. Nous devons assurer que les classes qui se construisent autour de la relation d’apprentissage entre l’étudiant(e) et l’enseignant(e) conservent une taille raisonnable et que les étudiant(e)s puissent bénéficier de l’accompagnement des mêmes enseignant(e)s pendant un certain nombre d’années. Cet objectif est de plus en plus difficile à atteindre en raison de conditions de travail toujours plus précaires, puisque, d’après nos affiliés, près de 50 % des enseignant(e)s ne bénéficient pas d’un emploi stable.

Notre rapport entend faire prendre conscience aux gouvernements qu’à partir du moment où ils reconnaissent que l’éducation est essentielle pour assurer un avenir pacifique et fondé sur la coopération, il leur faut concrétiser leur discours sur le plan financier. Le développement de la privatisation dans le secteur de l’éducation et ses effets en termes d’inégalités croissantes sont observés dans le monde entier: 90 % des syndicats constatent une évolution dans ce sens. Près de la moitié des parents doivent contribuer, en tout ou en partie, aux coûts de l’enseignement de leurs enfants.

Les inégalités continuent de croître. Soixante-dix-neuf pour cent de nos syndicats africains signalent que les enseignant(e)s doivent parcourir de longues distances pour toucher leur salaire. Soixante-quatre pour cent des syndicats évoquent des bâtiments inadéquats, des problèmes en termes d’accès à des toilettes ou à l’eau courante dans les écoles. Ces conditions ont un impact négatif sur l’ensemble de la communauté éducative, mais cet impact est encore plus sensible pour les femmes. La charge de travail continue de croître: c’est ainsi que 41 % des femmes au Japon signalent que leurs conditions de travail ont eu un impact négatif sur leur vécu au moment de leur grossesse et de la naissance de leur enfant. Cela doit cesser.

Malgré tout, les syndicats d’enseignants se battent activement pour défendre les droits et le statut de leurs membres. L’Internationale de l’Education se joint à eux pour affirmer qu’il est temps d’investir dans l’éducation et dans les enseignant(e)s. Il est temps d’écouter les syndicats d’enseignants, parce qu’ils occupent une position privilégiée pour savoir ce qui se passe dans les écoles, et qu’ils savent quel est le soutien dont les étudiant(e)s ont besoin pour vivre une meilleure expérience éducative. Aucun système d’éducation ne peut faire fi de la qualité de ses enseignant(e)s, et aucun système ne peut réussir sans institutionnaliser le dialogue avec les représentant(e)s des enseignant(e)s sur le terrain.

Cela signifie que les syndicats d’enseignants doivent être impliqués dans l’élaboration des programmes et l’affectation des ressources, en négociant avec les enseignant(e)s sur une base collective, en leur offrant des conditions de travail décentes et des rémunérations appropriées. Le salaire continue d’être le principal problème affectant les enseignant(e)s. Alors que le monde se trouve confronté à une pénurie globale d’enseignant(e)s, ces problèmes ne peuvent être résolus par des discours, mais par des actes. 


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David Edwards

David Edwards est le Secrétaire Général de l'Internationale de l'Education.

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