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#EI25 : « L’union fait la force des enseignant·e·s dans la lutte pour la démocratie », par Steffen Handal

La lauréate du Prix Nobel de la paix, Malala Yousafzai, a déclaré que : « Un enfant, un·e enseignant·e, un livre et un crayon peuvent changer le monde ». Elle a raison. L’éducation change des vies, des communautés et le monde.

La lauréate du Prix Nobel de la paix, Malala Yousafzai, a déclaré que : « Un enfant, un·e enseignant·e, un livre et un crayon peuvent changer le monde ». Elle a raison. L’éducation change des vies, des communautés et le monde. Elle est à la fois la clé des changements dans la société et des projets de liberté individuelle. Je me tiens donc aux côtés de tous ceux et toutes celles qui participent à la lutte pour l’éducation pour tous. Je suis fier que l’Union of Education Norway soit membre de l’Internationale de l’Éducation. Pendant des années, nous avons lutté pour le droit à une éducation de qualité pour tous. L’éducation peut être vitale pour bâtir des démocraties fortes dans le monde. Mais l’éducation est-elle toujours « bonne » ? 

L’éducation est un droit habilitant. L’éducation ouvre les portes à une participation à la société, à la compréhension du monde qui nous entoure, à la compréhension et au respect des personnes et des droits humains. Les enseignant·e·s savent que l’éducation est une condition préalable importante du progrès et de la prospérité. Nous adhérons pleinement aux mots d’un autre lauréat du Prix Nobel de la paix, Nelson Mandela, qui déclarait : « L’éducation est l’arme la plus puissante que vous puissiez utiliser pour changer le monde ». 

Mandela connaissait mieux que quiconque le pouvoir de ce changement. Sa vie est un symbole de ce que le changement peut être. Mais il en a aussi payé le prix, il a connu la résistance au changement et le fait que l’éducation puisse être utilisée comme arme du changement, pas toujours pour le bien, mais pour le mal. La dernière partie moins connue de sa célèbre phrase est dès lors essentielle : « L’éducation est la clé de l’élimination de l’inégalité des sexes, de la réduction de la pauvre, de la création d'une planète viable, de la prévention de morts et de maladies inutiles et de la promotion de la paix ». Mandela savait que les armes sont dangereuses lorsqu'elles sont aux mains de personnes qui veulent s’enrichir en oppressant les autres. Nous l’avons vu tout au long de l’histoire et nous l’observons maintenant. Nous voyons des dictateurs et des régimes qui transforment des écoles, des programmes et des enseignant·e·s en outils pour imposer un changement pour le pire. 

Nous, enseignant·s du monde entier, sommes conscient·e·s de cette réalité. Nous savons que nous pouvons être des armes de changement. Et que des régimes autoritaires veulent nous utiliser comme armes dans une lutte pour leurs intérêts propres. Je ne le sais que trop bien. Pendant la Seconde Guerre mondiale, mon grand-père était enseignant à Bergen, en Norvège. Comme partout ailleurs dans les pays occupés, en Norvège, Quisling et ses partisans nazis voulaient contrôler la population non seulement par des moyens militaires, mais aussi par la propagande et la persuasion. Leur plan était de transformer le système éducatif en ce sens. Un élément de cette prise de contrôle a été la création d’un syndicat d’enseignant·e·s fantoches dirigés par des nazis norvégiens. 

Ordre fut donné à tou·te·s les enseignant·e·s d’adhérer à ce nouveau Syndicat norvégien des enseignant·e·s. Un groupe clandestin à Oslo rédigea et distribua une brève déclaration que les enseignant·e·s devaient copier et envoyer aux autorités, avec leurs noms et adresses, dans laquelle il·elle·s indiquaient leur refus de participer. Entre 8 000et 10 000 enseignant·e·s sur les 12 000 que comptait le pays signèrent cette déclaration. 

La réaction des autorités fut rapide. Toutes les écoles furent fermées pendant un mois. Deux cent mille parents, dont les enfants étaient à la maison plutôt qu’à l’école, écrivirent des lettres de protestation au gouvernement d’occupation. En outre, les enseignant·e·s défièrent les ordres des autorités et organisèrent des cours en privé, en dehors du système contrôlé. 

En représailles à l’opposition des enseignant·e·s, les autorités de Quisling ordonnèrent l’arrestation et l’incarcération d’un millier d’enseignants de sexe masculin. Les organisations clandestines versèrent les salaires des enseignants incarcérés. La Gestapo, avec ses méthodes impitoyables, tenta vainement de briser la solidarité des enseignant·e·s. 

En avril 1942, le gouvernement envoya 499 enseignants dans un camp de concentration près de Kirkenes, à la frontière russe, dans l’Arctique. Mon grand-père en faisait partie. Pendant sa détention dans ce camp, un enseignant est décédé et plusieurs autres ont été blessés alors qu’ils exécutaient des travaux forcés. 

Après cinq mois environ, le gouvernement d’occupation abandonna son plan de créer une organisation d’enseignant·e·s fascistes et les enseignants revinrent du camp de concentration. 

La résistance des enseignant·e·s, soutenu·e·s par le public, empêcha les autorités de faire des écoles une partie de leur État-entreprise et de faire de ces instruments d’éducation des centres d’endoctrinement. Malgré les souffrances et l’oppression endurées sous l’occupation nazie, la culture et les valeurs norvégiennes furent défendues avec succès et diffusées dans l’éducation. 

Cette histoire souligne la manière dont l’arme de l’éducation peut être détournée pour le pire. En tant qu’enseignant·e·s, nous devons comprendre l’importance de notre engagement moral envers nos élèves. Aucun gouvernement ne devrait se servir de notre rôle d’enseignant·e·s pour porter atteinte aux droits humains. Nous ne devons jamais permettre à personne de nous transformer en éléments de leur machine de propagande. Nous devons défendre la démocratie et nous dresser contre les personnes qui la menacent. Nous devons toujours défendre les cibles d’une oppression ou d’une discrimination. 

Si nous voulons réussir, nous devons comprendre, comme l’ont fait les enseignant·e·s de Norvège durant la guerre, que nous devons nous unir. Nous ne pouvons pas gagner seuls. Les enseignant·e·s sont de grands organisateur·rice·s. Tout au long de l’histoire, les syndicats de l’éducation ont été une force avec laquelle il fallait compter. Nous nous tenons aux côtés de nos prédécesseurs. En 25 ans de lutte, les syndicalistes enseignant·e·s ont réussi à unir leurs forces au sein de l’une des plus grandes fédérations syndicales mondiales. L’Internationale de l’Éducation représente plus de 400 syndicats et compte plus de 32 millions de membres dans plus de 100 pays. L’IE est une enceinte importante qui nous permet de nous rencontrer, de faire preuve de solidarité, de réfléchir et d’organiser nos forces pour combattre ceux qui veulent porter atteinte à nos droits humains. L’ancien Secrétaire général, Fred van Leeuwen, devrait être reconnu et honoré pour ses efforts constants visant à mettre en lumière l’importance du travail quotidien du corps enseignant pour bâtir des démocraties et les renforcer. 

Les enseignant·e·s du monde veulent se battre pour la démocratie, l’équité, la paix et une planète durable. Nous lutterons pour éliminer les inégalités, réduire la pauvre et prévenir des décès et des morts inutiles, pour reprendre les mots de Mandela. Nos armes sont la connaissance, l’humanisme, les droits humains et l’amour. Nos ennemis sont le mensonge, la propagande, l’autoritarisme, la dictature, l’oppression, la discrimination et la guerre. Ce combat est une lutte sans fin. Alors que j’écris ces lignes, les droits humains sont gravement menacés en Pologne, en Hongrie, aux Philippines, au Brésil et en Tanzanie, pour ne citer que quelques exemples. Le Président des États-Unis d’Amérique attaque la presse libre d’une manière qui sape dangereusement les valeurs et les institutions démocratiques. 

Dans leur combat contre les nazis, les enseignant·e·s de Norvège nous ont montré la force qu’ont des enseignant·e·s fort·e·s, mais aussi l’importance d’une profession enseignante forte et soudée, d’une profession enseignante organisée. Leur succès doit être recherché dans leur unité. Pour défendre et construire la profession, nous avons besoin de syndicats d’enseignant·e·s forts dans le monde. Le travail du corps enseignant doit être protégé contre ceux et celles qui veulent porter atteinte à nos droits humains par la propagande et des politiques autoritaristes. Il doit être défendu dans les écoles, les communautés locales, au niveau national, au niveau régional, mais aussi sur la scène mondiale. L’IE a un rôle important à jouer. Nous devons continuer à mettre en avant l’importance de l’éducation pour la défense des droits humains de tous et pour bâtir et renforcer les démocraties. Je suis certain que nous continuerons d’être une force avec laquelle il faut compter. 

Malala a raison. « Un enfant, un·e enseignant·e, un livre et un crayon peuvent changer le monde ». Mon grand-père et ses collègues enseignant·e·s savaient que le changement auquel on voulait les faire participer détruirait la société. Parce qu’il·elle·s étaient organisé·e·s, il·elle·s ont été en mesure de provoquer un changement différent. Un changement important pour la Norvège. Et un espoir et une leçon pour tou·te·s les enseignant·e·s. 

L’Internationale de l’Éducation est née le 26 janvier 1993 de la fusion du Secrétariat professionnel international de l’enseignement (SPIE) et de la Confédération mondiale des organisations de la profession enseignante (CMOPE). À l’occasion de son 25e anniversaire, une série spéciale de blogs #EI25 sera publiée jusqu’au 8eCongrès mondial de l’IE, afin de faire entendre les voix et réflexions de syndicalistes, de militant·e·s de l’éducation, d’organisations partenaires et d’ami·e·s, sur les luttes et les réalisations passées dont l’organisation a tiré sa force et son inspiration pour relever les défis actuels et futurs que rencontrent l’éducation et la profession enseignante. Si vous souhaitez contribuer à cette série, veuillez prendre contact avec [email protected]. 

 


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Steffen Handal

Steffen Handal est le président de UEN Norvège, et membre du Bureau Exécutif de l’IE, engagé dans les politiques d'éducation de la petite enfance, le professionnalisme des enseignants et l'éthique professionnelle.

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