#IWD2019 #Education Voices : "Le rôle de l'éducation dans la lutte de l'Afrique du Sud contre la violence sexiste", par Dorcus Sekabate

Le regretté célèbre homme d’Etat sud-africain et premier président démocratiquement élu Nelson Mandela a dit un jour: « L’éducation est l’arme la plus puissante que l’on puisse utiliser pour changer le monde ». En tant qu’enseignante, ces mots ont été une source d’inspiration pour ma vision globale de la profession et de ce que pourrait être son rôle dans la transformation de la société.

L’Afrique du Sud vient d’un passé divisé, un passé qui a condamné la majorité de ses citoyen·ne·s à des familles brisées avec des établissements tels que les « bantoustans » destinés à la réserve de main-d’œuvre bon marché et des lois telles que la loi des zones de groupe. La réalité de notre passé nous a laissé une structure familiale généralement disjointe et compromise. Pendant des décennies, et comme l’exigeaient les circonstances d’un développement séparé, les hommes et les femmes emballaient leurs affaires, abandonnaient leur famille et se dirigeaient vers les grandes villes où ils vendaient leur main-d’œuvre à bon marché pendant des mois.

Les familles monoparentales ou, pire encore, les familles monoparentales dirigées par un enfant sont devenues la norme et le sont encore aujourd’hui dans une plus large mesure. De plus, la structure des ménages en Afrique du Sud, comme dans beaucoup d’autres pays, a été radicalement modifiée par l’épidémie de VIH/SIDA, selon un article intitulé « Child-headed households in South Africa: What we know and what we don’t » (Les ménages dirigés par des enfants en Afrique du Sud: ce que nous savons et ce que nous ignorons), publié dans la revue « Development Southern Africa » en septembre 2012.

De l’avis général des universitaires, des ONG, des éducateur·rice·s, des décideur·euse·s et d’autres intervenant·e·s, une structure familiale compromise ou affaiblie aura un impact direct et négatif sur le comportement d’un apprenant en classe et dans la société. On peut conclure sans risque de se tromper que la recrudescence de la violence sexiste dans nos écoles est une conséquence directe, entre autres facteurs, de la structure familiale compromise. A l’ère de l’accès plus facile à l’imagerie violente et aux images qui favorisent l’objectivation des filles et des femmes, en particulier sur diverses plateformes comme les médias sociaux, une structure familiale solide qui peut inculquer des valeurs et une éthique positives est d’une nécessité absolue.

Le plus souvent, les victimes de la violence sexiste sont des filles, des femmes et d’autres groupes vulnérables. La première étude exhaustive sur la violence à l’égard des femmes a été publiée en 2013 par l’Organisation mondiale de la santé. Selon cette étude, les niveaux les plus élevés de violence à l’égard des femmes se situent en Afrique, où près de la moitié des femmes, soit 45,6 %, seront victimes de violences physiques ou sexuelles.

La société patriarcale dans laquelle nous vivons considère encore les filles et les femmes comme des êtres humains de moindre importance. La question qui se pose à nous tou·te·s est la suivante: quel devrait être notre rôle en tant que travailleur·euse·s de l’éducation pour faire reculer la tyrannie de la violence fondée sur le genre dans nos communautés?

Tout comme feu l’icône mondiale Nelson Mandela, je crois aussi, en tant qu’activiste du genre et de l’éducation et syndicaliste, que ce n’est en effet que par l’éducation que nous pouvons changer cette triste situation actuelle. Le thème du Congrès mondial de l’Internationale de l’Education de cette année est « Les éducateur·rice·s et leurs syndicats prennent l’initiative ». Je considère qu’il s’agit là d’un appel pressant à une action radicale de la part des éducateur·rice·s contre la violence fondée sur le genre. Selon moi, les éducateur·rice·s sont bien placé·e·s parce qu’ils·elles peuvent utiliser la salle de classe comme un lieu de lutte.

Cela m’amène à mon prochain point, le rôle d’un syndicat progressiste de travailleurs de l’éducation dans le redressement de la situation. Je fais partie du collectif national de direction du South African Democratic Teachers' Union, le plus grand affilié de l’Internationale de l’Education en Afrique du Sud représentant un peu plus de 70 % de tous les travailleur·euse·s de l’éducation du pays.

Je suis d’avis qu’en tant que syndicat représentant un nombre aussi important de l’ensemble du personnel de l’éducation, nous avons pour mission d’informer et d’influencer la politique de l’éducation et, par conséquent, les programmes scolaires de manière à répondre au fléau de la violence fondée sur le genre. La campagne contre la violence sexiste exige un changement de paradigme, il s’agit de la façon dont nous nous percevons les uns les autres en tant que personnes, il s’agit de ce que nous percevons comme notre responsabilité en tant qu’individus envers l’ensemble de la société.

Malheureusement, notre système d’éducation, comme la plupart des autres systèmes éducatifs dans le monde, se contente de « cocher les bonnes cases » et, en fin de compte, sur la formation d’une main-d’œuvre loyale et obéissante pour servir les marchés. Il ne se concentre pas sur les bonnes valeurs et l’éthique de l’humanité, ce que nous appelons Ubuntu dans mon pays et qui signifie « je suis parce que nous sommes ».

Les travailleur·euse·s de l’éducation devraient être à l’avant-garde de la nécessaire transformation des programmes d’enseignement car, en tant qu’enseignant·e·s, nous ne pouvons plus nous permettre d’être complices d’un programme qui enracine les stéréotypes sexistes menant à la violence sexiste au lieu de faire le contraire. Nous avons la responsabilité de faire participer les garçons de nos classes qui devraient savoir et apprécier que les filles et les femmes ne sont pas des êtres humains inférieurs, mais qu’elles doivent être traitées avec respect.

Enfin, en tant que dirigeante de mon syndicat, un syndicat qui compte près de 70 % de femmes, je considère qu’il est de ma responsabilité d’inspirer en particulier mes collègues femmes à ne pas se considérer comme des victimes permanentes des injustices d’une société fondamentalement patriarcale, mais plutôt comme des personnes qui sont suffisamment aptes pour se libérer elles-mêmes. Elles doivent occuper sans aucune excuse la place qui leur revient de droit dans le syndicat et dans la société en général.

Ce blog fait partie d’une série spéciale publiée à l’occasion de la célébration de la journée internationale des femmes 2019 et qui met en avant les questions de genre et d’éducation, en lien avec le thème et les sous-thèmes du 8èmecongrès mondial de l’Internationale de l’Education qui se tiendra du 19 au 26 juillet 2019 à Bangkok, en Thailande.  


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Dorcus Sekabate

Dorcus Sekabate est vice-présidente responsable de l’égalité des genres au sein du South African Democratic Teachers’ Union.

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