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#Rattrapons le retard #2: Aux Philippines, les écoles des communautés autochtones font l’objet d’attaques.

Aujourd’hui, le Forum politique de haut-niveau des Nations Unies mettra l’accent sur l’examen de l’objectif de développement durable 10 relatif à la réduction des inégalités et à ses rapports avec les autres objectifs. Nous sommes loin du compte en matière d’accès équitable à l’éducation et de possibilités équitables d’éducation pour toutes et tous. En fait, dans certains pays, les gouvernements adoptent des politiques qui contribuent à la détérioration des inégalités en matière d’éducation. Le présent blog montre comment les droits des étudiant·e·s autochtones à un enseignement pertinent et de qualité sont violés en raison des attaques du gouvernement contre les écoles, les enseignant·e·s, les étudiant·e·s et les dirigeants communautaires autochtones dans la région de Mindanao. Il explique comment les syndicats enseignants agissent pour défendre ces droits et pour réaliser les Objectifs de développement durable (ODD) 4 et 5. Le 15 juillet, les Philippines présenteront un Examen national volontaire (ENV) des progrès réalisés en vue de la réalisation des ODD. Cependant, il est peu probable que cet examen procède à une évaluation critique des nombreuses mesures gouvernementales qui s’emploient activement à saper les progrès en vue de la réalisation des ODD. En ce moment même, aux Philippines, les droits syndicaux sont bafoués et les dirigeant·e·s des syndicats d’enseignants sont menacé·e·s pour avoir osé s’exprimer.

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Aux Philippines, non seulement le gouvernement néglige ses responsabilités en matière de respect du droit de chaque enfant à l’éducation, mais il viole également les droits humains. Depuis l’adoption des (Objectifs de développement durable) ODD en 2015, les violations des droits des enseignant·e·s et des étudiant·e·s sur l’île de Mindanao se sont intensifiées, empêchant tout progrès vers la Cible 4.a (assurer que tout·e·s les étudiant·e·s bénéficient d’un cadre d’enseignement sûr) et la Cible 4.5 (que les étudiant·e·s autochtones aient un accès équitable à une éducation de qualité).

Les écoles de Mindanao souffrent de longue date de négligences et d’un manque de financement des pouvoirs publics en raison de leur isolement géographique. Cependant, même avec des ressources limitées, les écoles Lumad s’efforcent d’offrir une éducation de qualité gratuite et un programme d’études adapté aux besoins de leurs étudiant·e·s autochtones. Le programme d’études a pour ambition de faire vivre la culture et l’histoire autochtones, de répondre avec pertinence aux besoins de la population estudiantine, en veillant à ce que les étudiant·e·s autochtones bénéficient d’un enseignement de qualité se traduisant par des acquis d’apprentissage utiles et efficaces, conformément à la Cible 4.1.

Atrocités et attaques

Depuis des années, les écoles de Mindanao subissent des attaques et sont victimes de harcèlement et d’intimidation de la part des forces militaires et paramilitaires. L’occupation et la destruction des installations scolaires violent le droit à l’éducation de milliers d’enfants appartenant à la communauté Lumad.

Le gouvernement lui-même a incité à la violence à Mindanao, traitant les éducateur·rice·s de communistes et de terroristes et faisant mention « d’opérations anti-insurrectionnelles ». Le 24 juillet 2017, le Président Duterte a publiquement ordonné des frappes aériennes contre les écoles Lumad « qui apprennent aux enfants à se rebeller contre le gouvernement »[1]. Depuis que Rodrigo Duterte est devenu Président en 2016, les militant·e·s rapportent que les écoles Lumad ont subi au moins 535 attaques[2].

Trois militant·e·s de la communauté Lumad ont été tué·e·s en 2017: Emelito Rotimas, tué le 6 février, Leonila Tapsadan et Ramon Dagaas Pesadilla, tué·e·s le 2 mars. Les militant·e·s des droits humains ont également été victimes de harcèlement. Le 28 novembre 2018, une mission de solidarité de plus de 70 enseignant·e·s, étudiant·e·s, défenseur·seuse·s des droits humains et de volontaires, comprenant une députée de la Chambre des représentants philippine, France Castro, a été attaquée par un groupe paramilitaire alors qu’elle tentait d’apporter de l’aide aux communautés scolaires Lumad. Au lieu d’être soutenu par la police, le groupe s’est retrouvé détenu arbitrairement. Selon les militant·e·s, les arrestations et les enlèvements illégaux pour des motifs fabriqués de toutes pièces sont une nouvelle tendance dans la militarisation des écoles de Mindanao.

Selon les communautés Lumad, les attaques contre les écoles et le harcèlement de la population Lumad ont empiré depuis que la loi martiale a été décrétée à Mindanao, le 23 mai 2017. La loi martiale a été reconduite à plusieurs reprises et restera en vigueur jusqu’à la fin de 2019.

Défendre le droit à l’éducation

L’Alliance of Concerned Teachers (ACT), un syndicat d’enseignants qui représente des enseignant·e·s du primaire, du secondaire et du supérieur, est membre du réseau Save our Schools, qui mène campagne pour sensibiliser et mettre fin à la militarisation des communautés Lumad.

Afin d’aider les étudiant·e·s Lumad à accéder à une éducation de qualité, malgré les intimidations et la fermeture de leurs écoles, l’ACT a soutenu l’établissement et le fonctionnement d’une Bakwit (école pour évacué·e·s) au profit de 75 étudiant·e·s à l’Université des Philippines à Manille. Ces représentant·e·s, des années scolaires 3 à 10, proviennent de quatre écoles Lumad différentes et sont encadré·e·s par 15 enseignant·e·s de Mindanao, ainsi que par de nombreux enseignant·e·s volontaires de l’Université des Philippines. L’ACT participe au recrutement et à la coordination des volontaires, par exemple en les informant le volontariat pour enseigner dans une école bakwit peut être pris en compte dans le cadre de leur charge d’enseignement. Les enseignant·e·s ont fait don de nourriture et d’autres ressources pour aider au fonctionnement de l’école Bakwit.

L’école pour « évacué·e·s » s’inspire du programme dont bénéficient les étudiant·e·s autochtones dans les écoles autochtones de Mindanao et comprend à la fois des matières « de base » et d’autres liées à la culture indigène. Le 29 mars 2019, une « cérémonie de passage en classe supérieure » a été organisée, montrant que les étudiant·e·s étaient aptes à satisfaire aux exigences du programme d’études standard.

Les éducateur·rice·s appellent à des mesures d’urgence

Les Philippines présentent cette année un Examen national volontaire, mais il y a peu de chances que ce rapport fasse mention de la militarisation des écoles de Mindanao.

Les éducateur·rice·s et les étudiant·e·s de Mindanao veulent rentrer chez eux·elles et continuer d’enseigner et d’apprendre en toute sécurité, sans être harcelé·e·s. Pourtant, actuellement, les étudiant·e·s affirment être toujours sous la menace des forces armées. Selon l’ACT, de nouvelles écoles sont en cours de construction dans la région où les étudiant·e·s sont encadré·e·s par des militaires et « les membres de la communauté sont obligés de transférer leurs enfants dans ces écoles, de peur d’être accusés de rébellion ».

Les éducateur·rice·s du monde entier[3] ont condamné le harcèlement permanent et les attaques contre les étudiant·e·s, les enseignant·e·s et les militant·e·s des droits humains des communautés autochtones Lumad, et ils·elles appellent le gouvernement philippin à mettre fin à la loi martiale et à assurer le droit à une éducation de qualité pour l’ensemble des étudiant·e·s autochtones. L’Internationale de l’Éducation exhorte les Philippines à adopter les Lignes directrices pour la protection des écoles et des universités contre l’utilisation militaire durant les conflits armés, un instrument intergouvernemental pour protéger les étudiant·e·s, les enseignant·e·s, les écoles et les universités contre les attaques.

En 2015, les gouvernements se sont engagés à atteindre l’objectif d’une éducation de qualité, inclusive, équitable pour toutes et tous d’ici 2030 (Objectif de développement durable 4, ODD 4). Quatre ans plus tard, le monde accuse un retard très important pour ce qui est de la concrétisation de l’objectif. Cette série de mini-blogs présente quelques-unes des nombreuses difficultés qui entravent la réalisation de l’ODD 4, du point de vue des enseignant·e·s et des personnels de soutien à l’éducation.

Télécharger « Off Track : Educators Assess Progress Towards SDG 4 » ici (en anglais) et le résumé en FRANCAIS, ANGLAIS et ESPAGNOL

Cet article a été réalisé grâce à la contribution de Sarah Raymundo (Alliance of Concerned Teachers, Philippines).



[3]Les syndicats d’enseignants solidaires sont: l’Australian Education Union/Australie; la Confederaçao Nacional dos Trabalhadores em Educação/Brésil; le Syndicat des enseignants bulgares/Bulgarie; l’Asociación Nacional de Educadores/Costa Rica; la Fédération Formation et Enseignement Privés-Confédération française démocratique du travail/France; la Fédération Syndicale Professionnelle de l'Education/Guinée; le Japan Teachers’ Union/Japon; le Utdanningsforbundet/Norvège; l’Organización de Trabajadores de la Educación del Paraguay/Paraguay; la National Association of Schoolmasters Union of Women Teachers et le National Union of Teachers/Royaume-Uni; et la National Education Association/États-Unis d’Amérique.

 


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