« L’éducation et la Journée internationale de la démocratie », par David Edwards.

Les Nations Unies ont créé la Journée internationale de la démocratie qui a lieu le 15 septembre chaque année depuis 2007 afin de promouvoir la démocratie. En 2019, il est clair que la démocratie et tout ce qui l’accompagne, comme les droits humains et l'état de droit, doivent être défendus autant que promus. L’éducation est influencée par l’état de la démocratie et est importante pour sa défense, sa promotion et son avenir.

Le politologue américain Francis Fukuyama, dans un essai publié en 1989, alors que le bloc soviétique s'effondrait, a annoncé la « fin de l'histoire », décrivant:

 « … la fin de l'histoire en tant que telle…, c'est-à-dire le point final de l'évolution idéologique de l'humanité et de l'universalisation de la démocratie libérale occidentale en tant que forme finale du gouvernement humain. »

Le choc des élections présidentielles américaines de 2016 et d’événements similaires survenus ailleurs l'ont amené à nous rappeler que son essai de 1989 était intitulé « The End of History? » (La fin de l'histoire?) avec un point d'interrogation à la fin. Dans un livre intitulé « Identity » publié en 2018, il écrit:

 « Les dirigeants populistes cherchent à utiliser la légitimité conférée par des élections démocratiques pour consolider le pouvoir. Ils revendiquent un lien charismatique direct avec ‘le peuple’, souvent défini en termes ethniques étroits qui excluent une grande partie de la population. Ils n’aiment pas les institutions et cherchent à saper les freins et contrepoids qui limitent le pouvoir personnel d’un dirigeant dans une démocratie moderne: tribunaux, assemblée législative, médias indépendants et bureaucratie non partisane. »

Les fractures dans la démocratie ne sont pas sorties de nulle part. Il existe peu de choses aussi fondamentales pour la démocratie que l’enseignement public universel et gratuit et il a cependant été attaqué. Nous avons appris que défendre l'éducation et les professionnel·le·sdu secteur, c’est aussi défendre la démocratie.

La naissance de l’enseignement public

L'enseignement public gratuit et universel a été une priorité majeure du mouvement syndical dès le 19e siècle. Aux États-Unis, par exemple, appeler à l'enseignement public a été la première décision prise lors de la création de la première organisation syndicale intersectorielle. Elle a été fondée à Philadelphie en 1827. Les délégué·e·s ont été appelé à établir

 « un système qui permettra aux enfants des pauvres comme aux enfants des riches de devenir nos futurs législateurs, un système qui amènera les enfants des pauvres et les enfants des riches à se mélanger pour former un groupe de frères républicains ».

Dangers pour le système éducatif public

L'IE et ses organisations membres luttent contre la commercialisation et la privatisation depuis de nombreuses années. Cette lutte s'est cristallisée et concentrée dans la Campagne pour une Réponse mondiale lancée en 2015 lors du Congrès de l'IE à Ottawa.

Cette campagne et les activités qui en découlent vont bien au-delà de la protection de l’éducation vis-à-vis de celles et ceux qui la considèrent comme une source de richesse plutôt que d’instruction. Elle sonnait également l’alarme concernant les « réformes » de l’éducation, publiques ou privées, qui limitaient le champ de l’enseignement à des domaines dans lesquels les progrès pouvaient être facilement testés et jugeaient les enseignant·e·s et les étudiant·e·s sur la base de critères facilement mesurables.

Dans de nombreux pays, l’enseignement a pris de la distance avec sa mission d’éducation pour enrichir la vie de toutes et tous et développer leur capacité de faire la différence, y compris en tant que citoyen·ne·s actif·ive·s.

En d’autres termes, les attaques contre l’enseignement public jouissant d’un large mandat et les enseignant·e·s formé·e·set motivé·e·s, susceptibles de former des étudiant·e·s capables de penser et d’agir de manière indépendante, constituent également des atteintes à la démocratie. Elles menacent de paralyser notre capacité à favoriser la communauté et à encourager la paix, la compréhension et la tolérance. L'augmentation de la ségrégation résultant de nombreuses réformes nuit à l'enseignement public et mine«un système qui amènera les enfants des pauvres et les enfants des riches à se mélanger…»

L'évolution de l'éducation dans certains pays a créé de la distance entre les écoles et la démocratie. Combinés à des programmes d’austérité souvent permanents, plutôt que temporaires, les dommages causés aux écoles et aux enseignant·e·s professionnel·le·s compromettent l’avenir de la démocratie.

Education à la démocratie

Il n'y a rien de nouveau dans la propagande. Le fait qu'Internet soit devenu son système de diffusion dominant ne change pas sa nature. Cependant, cela équivaut à comparer une arme automatique à un couteau. Elle peut tuer avec plus d’efficacité et est moins sélective.

Les gens se retrouvent ensevelis sous une avalanche d'informations, qui étouffe trop souvent la vérité. Les médias sociaux sont devenus la principale source d'informations dans de nombreux pays. Il n’existe aucun moyen technologique de supprimer les mensonges ou de séparer les faits de la fiction. Les gens doivent apprendre à le faire manuellement et à un âge précoce.

Pour soutenir les éducateur·rice·s et les autres personnes concernées qui aident les étudiant·e·s à identifier la vérité, à réfléchir, à discuter et à débattre et à devenir des acteur·rice·s de la démocratie plutôt que des victimes de la démocratie, l'IE a publié un livre co-écrit par la Présidente de l’IE Susan Hopgood et le Secrétaire général émérite de l’IE Fred van Leeuwen intitulé: « Education et démocratie: 25 leçons de la profession enseignante».

Lors du lancement du livre à notre récent Congrès à Bangkok, Fred van Leeuwen a expliqué qu'il ne comprenait pas pourquoi les liens entre l'éducation et la démocratie étaient souvent absents du débat sur la démocratie, et a ajouté:

 « Dans les soi-disant démocraties établies et émergentes, où la plupart d’entre nous travaillent et vivent, et où nous tenons les élections libres pour acquises, les normes démocratiques peuvent s’effacer, parfois sans que nous nous en rendions compte. Jusqu'à ce que nous nous réveillions un matin et trouvions nos libertés professionnelles et syndicales amputées, nos services publics réduits à leur plus simple expression et vendus comme des marchandises, nos médias mis entre les mains de quelques magnats et nos politiciens exploitant sans vergogne sentiments racistes et xénophobes. Ce que je veux exprimer, c'est que la démocratie est un processus réversible, que la démocratie peut facilement s’éclipser .»

L'éducation peut inculquer des valeurs démocratiques. Elle peut donner aux gens des compétences en matière de démocratie. Elle peut donner de l'espoir. Et les décisions politiques fondées sur des discussions et de l'espoir donneront de meilleurs résultats que celles fondées sur le « grand mensonge » et la peur.

En conclusion, en cette Journée internationale de la démocratie, nous voulons transmettre un message simple. Nous avons besoin de démocratie pour l'éducation, d'éducation pour la démocratie et de syndicats pour les deux.


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David Edwards

David Edwards est le Secrétaire Général de l'Internationale de l'Education.

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